Mali : en marge de la manifestation

5 juin 2020

Mali : en marge de la manifestation

Ce vendredi 5 juin 2020, le boulevard de l’indépendance a refusé du monde, des milliers de personnes ont répondu à l’appel de l’imam Mahmoud Dicko. Des organisations politiques se sont ajoutées à la CMAS pour demander la démission du président de la République. Toutes les questions en marge de cette manifestation ont-elles des réponses ?


La coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS) et d’autres organisations dont le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) et espoir Mali Koura (EMK) ont lancé un appel au peuple pour dénoncer la mauvaise gouvernance et demander la démission du président de la République en compagnie du régime actuel.

« Ce régime a montré ses limites, il est temps que le peuple prenne son destin en main », déclare Kaou N’Djim, porte-parole de la CMAS. Pour lui , le président doit démissionner.

Le Mali traverse bien plus qu’une crise. En plus de la crise sanitaire que traverse la planète, mon pays fait face à la crise scolaire, sécuritaire et politique si j’ose le dire ainsi. Par milliers, les manifestants, tous tournés vers la place de l’indépendance, avec des revendications différentes dans la même optique du changement. Certains demandent la démission de toute la classe dirigeante, d’autres demandent l’arrêt des arrestations arbitraires, nous pouvons lire sur certaines pancartes « Libérez Soumaïla Cissé » ou encore « L’école malienne est à terre ». Tout le monde semble oublier la Covid-19. Cette marche mérite-t-elle de risquer sa santé ? Ne serait-elle pas une marche de trop ?

Les anges anti-Covid-19 pour les Maliens ?

Malgré cette pandémie et le risque de propagation, le boulevard de l’Indépendance était plein, les manifestants venaient de tous les sens. La covid-19 étant un virus qui se transmet rapidement. Les gouttelettes à travers les éternuements des personnes atteintes ou encore les objets touchés par ces dernières peuvent propager le virus. Cause pour laquelle il est inclus dans les mesures barrières d’éviter les rassemblements, de s’éloigner les uns des autres d’au moins un mètre et de porter les masques. Vous devez vous en douter, aucun de ces gestes barrières n’a été respecter à la marche. Excepter quelques personnes qui portaient le masque.

« Mon cher, arrêtez avec votre histoire de coronavirus, tout le monde sait que cette maladie n’est pas au Mali, c’est juste une politique des dirigeants pour se faire de l’argent au nom et sur le dos du peuple. » me lança un manifestant. Comme ce monsieur, une partie de l’opinion publique pense que la covid-19 est une histoire montée en toute pièce par nos autorités pour bénéficier de l’aide.

Venue à la marche pour se faire un peu de revenus en vendant de l’eau et des fruits, une jeune dame se faufile entre les manifestants, elle ne portait pas de masque, très concentrée sur les jetons qu’elle va gagner, elle répétait ce qu’elle entendait, innocente, insouciante et joyeuse. Je m’inquiétais pour elle. À cet instant, elle a reçu un masque jetable. Mais quel ressorts pour les autres vendeurs dans la même situation qu’elle ? En cas de contamination, combien de personnes seront aussi contaminées à travers eux ? Des questions qui me donnent la chair de poule.

Une marche de trop ?

Les marches et le Mali, c’est une histoire d’amour. De 2012 à nos jours, les manifestations se suivent, les plus mémorables sont celles contre la révision constitutionnelle en juin 2017 et celles contre les résultats des élections présidentielles de 2018.

Certes, la constitution n’a pas été révisée, mais le projet n’est pas tout de même abandonné. Quant à la marche de l’opposition pour dénoncer les résultats et prouver l’illégitimité du pouvoir en place, plusieurs opposants ont fini par changer de camp, si nous pouvons le dire ainsi.

« Les Maliens vivent pire que la covid-19 depuis un certain temps, si notre salut est dans cette marche, je suis prêt à me sacrifier. Pourvu que les organisateurs ne profitent pas du peuple juste pour se faire une place ou un nom. Ces dernières années, les manifestations n’ont pas profité au peuple, mais à des personnes. » raconte un manifestant, qui dit être venu de loin pour y participer.

Les questions ou leurs réponses sont-elles suffisantes ? Le Mali tend-il vers un tournant décisif ? Les réponses ne sont pas pour ce soir.

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